La méthode Agile … expliquée par Space’X

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« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »

(M. Jourdain, Le bourgeois gentilhomme, Acte II, Scène IV)

Loin de moi l’idée de comparer Elon Musk à Monsieur Jourdain, mais j’emprunter à Molière cette réplique pour illustrer l’intérêt de l’approche Agile pour le développement de produits ou projets innovants à fort investissement.

Partons de ce schéma très connu d’Henrik Kniberg utilisé habituellement pour illustrer le MVP (Minimum Viable Product) :

Dans cet exemple, le client veut une automobile. Pour faire court, on va donc livrer des solutions de mobilités se rapprochant de plus en plus de l’expression de son besoin.

Ce qui parait simple ici, l’est moins quand il s’agit de coloniser la planète Mars dans l’esprit visionnaire d’un Elon Musk. S’il a une qualité, c’est de savoir compter … et en matière de conquête spatiale, l’unité de compte est le milliard de dollars. Ceci signifie donc que chaque étape doit déboucher sur un MVP qui est un produit parfaitement utilisable et potentiellement rentable.

Pour coloniser Mars, il va donc falloir amener des êtres humains en toute sécurité sur le sol martien dans un engin qui puisse être habité longtemps, et revenir sur terre ensuite. Il faut donc disposer :

  1. D’un moyen de propulsion puissant à un cout « abordable »,
  2. D’un vaisseau pour le voyage assurant la survie de l’équipage, et dont un sous-ensemble servira à mener l’équipage sur le sol martien et … à redécoller une fois la mission terminée,
  3. D’une base vie sur le sol martien dont les éléments seront en partie livrés automatiquement

L’approche de projet en mode « waterfall » a conduit les grands pays développés à … renoncer peu ou prou à la conquête martienne pour des raisons purement budgétaires.

L’approche agile d’Elon Musk a permis de développer un ensemble de produits viables et potentiellement rentables. Je prends ici quelques exemples, qui peuvent inspirer bien des chefs de projets.

Pris séparément, Falcon 1 (la fusée) et Grasshopper (prototype d’atterrissage autonome) ne sont pas vraiment des MVP, mais ils débouchent sur Falcon 9 qui est un MVP « à tiroir ».

  • La fusée est réutilisable, donc les couts de lancement sont diminués,
  • La fusée est capable de revenir se poser seule sur un pas de retour, donc la technologie est utilisable sur Terre et plus tard sur Mars,
  • La fusée peut-être couplée à d’autres Falcon 9 … et donc constitue un morceau de lanceur lourd (la fameuse Falcon Heavy)

Ce sous-ensemble illustre parfaitement les fonctions des MVP dans une approche agile : apprendre, valider et invalider des concepts et des solutions.

Ce qui est encore plus fort dans l’approche SpaceX, c’est la parallèlisation de MVPs avec la réutilisation de sous-ensembles issus de la conception du MVP. C’est par exemple le moteur Merlin 1D qui servira à donner une dernière poussée quand la Tesla de l’espace survolera Mars (et donc validera le fonctionnement après des mois de voyage). C’est encore celui du cargo spatial Dragon C2 qui a ravitaillé l’ISS … et donc valide le concept de cargo automatique de livraison.

Chaque MVP peut être vendu comme tel à des industriels ou des gouvernements, soit comme produit, soit comme service. C’est ce qu’il faut garder à l’esprit quand on aborde un projet agile avec des MVPs.

Certains d’entre vous pourront me reprocher une « Muskmania » ou une vision trop simpliste, mais si vous passez un peu de temps à comparer Apollo et SpaceX (en général) vous verrez qu’on est bien passé de la méthode Watefall à la méthode Agile, ce qui n’enlève rien à l’extraordinaire performance de la NASA.

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